Son Altesse Cyberissime : la sauce brune du Kremlin (partie 4)

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(Suite de la Partie 3)


Jean-Malko luttait péniblement pour rester conscient, alors que des lueurs jaunes et pourpres dansaient devant ses yeux embués de larmes. Autour de lui, l’univers semblait étrangement immobile et silencieux. Il savait par expérience que cette tranquillité n’était qu’illusion, conséquence de ses tympans percés par le bruit de l’explosion. Peu à peu, la mémoire lui revenait : l’hélicoptère, Vladimir Poutine caché dans son sac à dos, le pilote abattu. L’angoisse, alors que Jean-Nasir tentait désespérément de sortir l’engin de sa courbe elliptique de descente vers le sol. Le crash. Puis les ténèbres.

Jean-Malko releva la tête. Sur le fond embrasé de l’épave de l’hélicoptère, la silouette de Vladimir se découpait distinctement, menaçante. Cette fois-ci, c’en était fini de sa carrière, pensait-il. Sa chance avait tourné au mauvais moment. Dans un dernier geste de défi, il invectiva le tyran. « Eh, Vladimir, tu viens te battre, ou tu es trop occupé à planter des salades russes ? ».

Sa vanne était pathétique. Maître 404 aurait fait seppuku sur-le-champ en entendant son disciple. Mais elle eut le mérite de détourner l’attention de Vladimir pendant deux secondes et demi. Le temps pour le fidèle Jean-Nasir, qui lui aussi avait survécu au crash, de se glisser silencieusement derrière son ennemi, avec la souplesse du panda, avant de lui garrotter la jugulaire avec sa blockchain de piano en titane.

Vladimir se débattit un instant, avant d’émettre un petit nuage de fumée et de se transformer en souche de chêne. « Par la malepeste », jura Jean-Malko. « Le coup de la technique de substitution-permutation. »

Jean-Malko s’assit contre un pan de tôle, et fit le point sur leur situation. Gérard Depardieu, à supposer que son corps fût encore en un seul morceau, bouffait les pissenlits par la racine. Les gars de son équipe, capturés par les sbires du plantigrade qui venait de leur fausser compagnie en les laissant grièvement blessés. Tout ceci n’aurait donc été accompli qu’en vain ? La saveur amère de l’échec remontait dans la gorge du Français.

C’est alors que son regard tomba sur une clef USB argentée, intacte au milieu des décombres. Qui donc pouvait bien l’avoir oubliée ici, et que pouvait-elle bien contenir ? Et si c’était un piège, un disque vérolé, ou pire, un dispositif de sabotage électrique ? Jean-Malko n’en avait cure ; épuisé par le combat, il ne trouvait plus en lui la moindre once de respect pour la procédure. Il enfila la clef dans le port de son MacBook extra-plat.

« Ouah, sa mère en CString sur la plage », siffla Jean-Nasir qui regardait par dessus son épaule. « Matez-moi un peu ça, patron. » Le fichier texte qu’il venait d’ouvrir était sans équivoque : Les addresses IP top secrètes de tous les systèmes les plus sensibles auxquels Vladimir avait personnellement accès. Un petit coup de shell MongoDB plus tard, et toutes les données personnelles précieusement collectées par le GRU pendant ces 5 dernières années s’évaporèrent dans le cloud. Ils avaient gagné.

Reprenant son MacBook extra-plat, Jean-Malko y connecta son fidèle modem satellite à 9600 bauds, et déplaça son curseur sur l’icône de Tchap, hésitant quelques instants. « Bah, oublions cette daube », marmonna-t-il entre ses dents avant d’ouvrir un terminal, et de lancer netcat sur le port 6667 de chat.elysee.fr.

« Poussin Piou appelle Maman Poule, Poussin Piou appelle Maman Poule, répondez », écrivit-il sur #dgse. « Mission accomplie. Ça-y-est, je peux rentrer en france et rester en slip dans ma cave pendant une semaine pour jouer à League of Legends ? » Heureusement, la réponse ne se fit pas attendre. Jean-Malko vida ses poumons de soulagement en lisant le style orthographique familier de Jean-Fouspahune le stagiaire. « M@m@n P00l in za place, wesh gros. L’équipe d’extraction est en route. The game ;) ».

Aussitôt dit, aussitôt fait, et après une ellipse à faire rougir de honte les scénaristes de la dernière saison de Game of Thrones, Jean-Malko était allongé sur son canapé, une manette de Xbox dans une main, une canette de redbull dans la deuxième, et la croupe callipyge d’Adaline dans la troisième. Liberté, Egalité, Fraternité, et vive la république, jusqu’à la prochaine mission !

FIN.