Une nouvelle secte gagne de la traction dans les milieux informatiques

Imagem de capa

En 2018, la religion n’est plus aussi plébiscitée que dans les siècles précédents. Malgré cela, de nouvelles croyances émergent encore un peu partout et gagnent plus ou moins de traction chez la population.

C’est le cas de la doctrine prônée par l’église des bugs du dernier bit significatif, que de plus en plus de développeurs décident d’adopter aujourd’hui autour du globe. Cette secte présumée, si on en connaît quelques membres connus comme Richard Stallman et t0mcr00se, reste assez impénétrable du point de vue de ses croyances pour les non-initiés. Une seule chose est connue du grand public : les bugs software et hardware sont considérés comme des démons qui conduiront la terre à l’apocalypse.

Après avoir longtemps cherché à prendre contact avec un membre de l’église, c’est grâce à un prospectus trouvé dans notre boîte aux lettres que nous avons trouvé un point d’entrée dans ce magazine :

Jean N'golo

Nous partons rencontrer Jean N’golo dans son appartement sans lui faire part de nos intentions journalistiques. Pour mettre notre interlocuteur en confiance, nous décidons de procéder à un exorcisme d’une vieille machine vérolée sous Windows 95 dont nous soupçonnons fortement le propriétaire d’être le neveu du CFO au vu de l’historique.

La cérémonie commence dans la pénombre ; les seules lumières illuminant légèrement la pièce sont issues d’écrans Android avec la luminosité mise au minimum. Jean-N’golo commence par susurrer des incantations en binaire à l’alimentation du PC ; hélas, ce dernier ne réagit pas.

« On a affaire à un bug tenace » lance Jean-N’golo. « D’habitude une fumée noire devrait commencer à sortir du ventilateur après ces incantations. Je dois passer à la vitesses supérieure. »

Jean-N’golo trace un cercle de sel autour de la machine possédée et charge son lance-MacBook avec trois MacBook Air couleur argent.

« Les bugs Windows sont sensibles à l’argent. » dit-il simplement lorsqu’il remarque notre expression incrédule. Sur ces mots, Jean-N’golo abat notre machine de trois coups. Une fumée noire et épaisse se dégage de celle-ci : « C’est le démon qui s’en va, votre machine est sauvée maintenant ! Je suis content que ça ait fonctionné comme ça, j’avais peur que ce cas-ci nécessite de passer à un MacBook Pro gris métallisé, ce qui aurait pu être dangereux pour vous et moi à cause de la nucléarité. »

Jean-N’golo propose de bénir notre réseau interne pour y éliminer toute trace du démon qui pourrait encore y résider. Nous acceptons, et cela semble le mettre dans de bonnes dispositions ; il se confie alors un peu à nous quant aux bugs du dernier bit significatif.

« Vous savez, notre religion est basée sur des faits réels et vérifiables par tous, car elle est bâtie sur une blockchain contenant le savoir des tablettes de Nostradamus encodées en hexa. D’ailleurs, il ne s’était pas trompé : la fin du monde arrivera bien en 2012, c’est juste que personne n’avait compris que c’était de l’hexadécimal. C’est pourtant pas bien surprenant pour un geek pareil. »

« Beaucoup de gens pensent que l’église des bugs du dernier bit significatif est une secte, mais ce n’est clairement pas le cas. Je n’ai eu ni à donner ma clé PGP privée à quiconque, ni à faire don de tous mes bitcoins à qui que ce soit. En effet, si j’ai fait tout ça, c’était de mon libre arbitre et non à cause d’une quelconque obligation, il faut dédiaboliser notre religion. »

Au fur et à mesure de ses explications, ses confidences deviennent plus personnelles.

« Mon nom terrestre c’est Jean-N’golo, mais j’ai rencontré un extra-terrestre qui m’a donné mon nom cosmique : “Jean-Omegatron l’Apôtre Stellaire”. Mais vous pouvez aussi m’appeler “La Sulfateuse à Merguez”, “L’Apologiste de l’Oxygène Tricentenaire”, ou “Le 12ème Trilobite de l’Agriculture”. En fait, je suis relié à l’énergie de l’homme au terminal vert, celui que les prophéties appellent Kevin Mitnick aussi. D’ailleurs il faut que je vous laisse, j’ai une petite sortie hors corps sur le feu. »

Jean-N’golo ramasse rapidement cinq figurines LOTR, 2 souris ergonomiques, 18 copies de son .emacs, un nain unijambiste et un paquet de jambon de Bayonne « pour accomplir la prophétie », puis il nous escorte à l’extérieur.

Nous rentrons partagés quant aux dangers de cette secte : si les croyances peuvent sembler étranges au néophyte, nous ne décelons pas de danger pour quiconque, puisque les possessions matérielles1 ne semblent pas intéresser le groupe ; et puis, n’est-il pas rassurant de savoir que dans ce monde, certains veillent à ce que les prophéties soient accomplies en temps et en heure ?

  1. les bitcoins n’étant pas matériels.